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octobre 19, 2021

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Ce qui a manqué au Président Joseph Kabila pour devenir l’homme du peuple (analyse)

10 min read

Par L’Oiseau Perché

À chaque époque, ses propres hommes, dit-on. Mais doit-on aussi dire qu’à chaque peuple ses propres hommes ? 

Les congolais ont vu se succéder des leaders ces trente dernières années et chacun de ces hommes a marqué son époque avec un style particulièrement différent. 

Certains parmi ces leaders ont conquit  le peuple congolais et d’autres ne l’ont pas compris. 

Comprendre le congolais 

Le congolais est un peuple caractéristique dont les signes ne trompent jamais. 

Il est affectif et attachant. C’est un peuple qui aime l’animation, le rapprochement et qui déteste prendre des distances. 

Le Congolais est un peuple curieux. Il aime convaincre et il veut être convaincu. 

Ses leaders n’ont pas tâche facile parce qu’il veut que ces derniers soient invisiblement présents dans les masses.

Un peuple qui veut d’un Chef qui parle comme lui, avec un ton amusant et jamais trop crispé. 

Le Congolais veut d’un leader avec qui il sympathise mais aussi qu’il peut défier en face. 

L’homme providentiel: trois époques de sont passées  

Ce leader, c’est exactement ce type d’homme que le feu Président Mobutu a été pour le peuple congolais. Il n’avait jamais été trop sérieux. Un peu flatteur, amusants, beau parleur et compagnon du peuple.

Le maréchal Mobutu savait amadouer son peuple et atténuer ses colères. Il lui disait exactement ce qu’il voulait entendre avec des mots qui sont siens. 

Grâce à son rapprochement, le Marechal Mobutu savait mobiliser le peuple congolais face à des défis et grands enjeux du pays. Tout le monde pou va it s’abandonner et cesser d’appartenir à soi-même pour régler le problème du pays avant de revenir à ses occupations. 

Laurent Désiré Kabila avait emboîté le pas au Maréchal Mobutu. Dès sa prises de pouvoir, il s’est fait l’homme du peuple avec qui il partage le quotidien. 

Comme par miracle, ce schéma pris par Laurent Kabila fonctionne toujours avec les congolais. 

La capacité de mobilisation du pays était restée inchangée avec le départ du Maréchal Mobutu. 

Laurent Kabila avait réussi à insuffler un vent d’attachement et de nationalisme fort. 

Le peuple congolais l’a aimé, chéri et défendu jusqu’à son dernier jour. Plusieurs années après son assassinat, des peuples du Congo continuent à le vénérer et à le chanter. 

L’arrivée au pouvoir en 2001 de Joseph Kabila, fils de Laurent Kabila, a fait émergé un personnage mystère vis-à-vis  des us et coutumes congolais. 

Ce président peu parleur et imperméable, ne faisait pas visiblement le portrait-robot de ses deux prédécesseurs directs. Profils pourtant préférés et recherchés par ce peuple.

Pendant les dix-sept ans de règne de Joseph Kabila à la tête du pays, les congolais se sont renfermés dans une sorte de nostalgie pour les anciens leaders. 

Pour ses difficultés d’adaptation aux uns du pouvoir congolais, Joseph Kabila n’a pas non plus réussi à implanter un style. 

Un Président marsien

Joseph Kabila, c’est l’homme qu’on pouvait voir au loin entrain de rouler à vive allure dans des blindés ultra-sécurisé. 

C’est l’homme qu’on pouvait rarement contempler à travers les ouvertures de fenêtres de sa jeep brandissant un sourire aguichant. 

La sécurité lui a toujours peint comme un contact à haut risque. Il a été tenu éloigné du centre pendant tout son règne. 

Les contacts de Joseph Kabila avec le peuple ont été rare et à chaque occasion, il se tenait à distance. 

Contrairement au Maréchal Mobutu qui pouvait prendre le peuple avec ses deux mains et Laurent Kabila avec ses deux bras ouverts, Joseph Kabila n’était pas pour des attroupements.

La nouvelle conception du pouvoir telle qu’ériger par Joseph Kabila était contraire aux attentes du Congolais pour le leader parfait.

Le congolais veut d’un homme ordinaire qu’on peut croiser un bon jour dans un super marché ou encore au marché central entrain de faire des achats. Quelqu’un qu’on peut corriger à l’Eglise ou avec qui on peut échanger quelques mots dans l’ascenseur. 

Il veut d’un leader qui lui rend visite et avec lequel il entretien un contact direct  (à l’école, à l’université, à l’étranger, etc). 

Ces genres d’approches sur lesquelles se fonde l’espérance du peuple congolais n’étaient pas le naturel de Joseph Kabila. 

Ses distances avec le peuple suscitait de  l’incompréhension et sa garde rapprochée faisait peur au peuple. Cette peur était encore plus renforcée par les intimidations des services de sécurité sous son règne. 

Une certaine opinion pensait que Joseph Kabila est un homme méfiant de son peuple. D’autres croyaient que le Président se sentait différent du reste. 

D’autres encore interprétait son silence comme étant un leadership par défi au grand dame de son peuple. 

Les congolais ont longtemps conçu Joseph Kabila comme étant un personnage extérieur à leur monde, à leurs problèmes. 

La ronde des préjugés 

Pour son silence et ses distances avec le congolais, plusieurs mythes et préjugés se sont développés autour de Joseph Kabila au fil des années de son règne à la tête du pays. 

A la différence du Marechal Mobutu qui savait essayait les attaques avec humour et ferveur populaire en s’adressant directement au peuple, sur ce point-là encore Joseph Kabila optait pour la distance et le silence. 

Au fil de ses dix-sept années passées au pouvoir, Joseph Kabila a eu très peu d’interactions directes avec les congolais. 

À sa place, ce sont des fidèles à son pouvoir qui prenaient l’avant de scène avec des attitudes de défier le peuple et prenant assez régulièrement l’offensive. 

Cela exacerbait les tensions et creuser davantage la distance entre Joseph Kabila et les populations congolaises. 

L’un des effets directs de s’être tenu longtemps à l’écart de son peuple a résumé par son incapacité à mobiliser les congolais autour des causes d’intérêt national. Ce qui revient naturellement à un leader lorsque son peuple lui comprend et est capable de dîner avec. 

Ainsi par exemple, lorsque les armes retentissait à l’Est du pays, Joseph Kabila peinait pour arracher une mobilisation générale du peuple. Ce qui n’avait pas été le cas avec Laurent Kabila. Avec celui-ci, les congolais ont démontré comme une fatigue, comme un désintéressement. 

Le personnage effacé et peu présent de Joseph Kabila a certainement eu un effet d’entraînement sur la cohésion nationale et le nationalisme congolais qui ont continué à perdre de la vitesse. 

Face aux épreuves appelant à faire réagir la conscience nationale, le congolais s’attendaient naturellement à ce que Joseph Kabila lui fasse un briefing de la situation et lui procure des orientations.  

Assez souvent, le peuple congolais se trouvait entre rumeurs et préjugés. Incapable de se fixer une ligne de conduite devant chaque situation.

Joseph Kabila, l’homme aux dents d’acier derrière un sourire aguichant 

Dans l’opinion publique congolaise, Joseph Kabila était perçu comme étant un dur et un inconditionnel. 

Les méthodes répressives appliquées par la police et les services de sécurité sous son règne amenaient les congolais à trancher sur sa personnalité. 

Les plus fervents critiques de Joseph Kabila devaient se retrouver derrière les verrous pour outrage au chef de l’Etat.  Les uns étaient placés dans des prisons souterraines entretenues par les services de sécurité. 

Problème d’intégration linguistique

Le Lingala est la langue majoritairement parlée au Congo. Elle est la langue médiane entre plusieurs autres langues locales et avec le français.

De tous les présidents qui se sont succédés au Congo, Joseph Kabila aura été le mauvais élève en matière d’intégration linguistique. 

À Kinshasa, la capitale congolaise, le lingala est en vogue depuis plusieurs années. La capitale est l’épicentre des ethnies et tribus de la RDC. C’est là que toutes les rencontres ont lieu. 

Originaire de Kinshasa où venu d’ailleurs, tous arborent le lingala. Une langue pleine d’humour et de lyrisme. 

Joseph Kabila n’était pas un habitué du lingala mais il avait promis d’apprendre vite et de tenir quelques uns de ses futurs discours publics en cette langue. 

Pour les congolais, l’homme s’était lancé un défi qui appelait à être relevé. 

Les habitants de Kinshasa, un public qui est hétérogène, avaient l’air de croire que le régime de Joseph Kabila cherchait à faire substituer le lingala par le swahili. Une telle conquête ne pouvait pas obtenir gain de cause parce que les ethnies et tribus présents dans la capitale se sentant à l’aise avec cette langue médiane cela a toujours reflété la tendance pour tout le pays.

Mais en toute langue, il faut reconnaître un facteur sociologique important et un élément de connexion non négligeable. 

Joseph Kabila n’a pas été en mesure de parler lingala et cela n’a fait que renforcer des préjugés parfois fausses contre sa personne. Les congolais avait l’impression que le président ne faisait pas assez d’efforts pour se familiariser avec le peuple et pénétrer dans ses us et coutumes. 

Au soir de son règne à la tête de la RDC, Joseph Kabila a fait savoir qu’il n’a pas réussi à transformer l’homme congolais. Mais comment transformer un peuple qu’on a peut-être pas assez compris?

Retour aux beaux vieux temps  

Arrivée au pouvoir en 2019, le nouveau Président congolais Félix Tshisekedi ne dissimule pas ses appétits pour quelques pans à succès du mobutisme. 

Felix Tshisekedi est proche du peuple et est sensibles à ses cris d’alarmes. 

On dirait le nouveau Président veut avoir les deux pieds sur terre et il se comporte en homme ordinaire. 

Amusant et un peu rythmé. Jamais trop sérieux. Cela semble être la formule du congolais qui ne veut pas se faire de frustration de plus. 

Felix Tshisekedi a gagné l’affection du Congolais en seulement deux années.

Il demeure accessible: n’hésite pas de répondre à des invitations, se rend au culte du dimanche, s’adresse directement aux congolais, il se rend dans des marchés et dans des écoles pour contempler la situation sur place et il réagi à des demandes de réponses immédiates. 

Felix Tshisekedi est l’ami naturel de la langue lingala. Partout où il s’est rendu dans le pays sa communication n’a pas posé problème.

Dans Felix Tshisekedi, tous les facteurs sociaux qui forment un Président selon le cœur du congolais se trouvent réunis.

Même lorsqu’il se trouve dans un cortège officiel, il prend le temps de s’arrêter lorsque le peuple fait appel à lui. Il s’arrêter pour les écouter avant de continuer son chemin. 

Avec cette stratégie d’approche, la popularité de Felix Tshisekedi a continué de grimper dans le pays et sa capacité de mobilisation accroît. 

Si le pouvoir ne le transforme, les congolais aurons renoué avec leur leadership type.

L’homme Joseph Kabila du futur  

Joseph Kabila a quitté le pouvoir en 2019 et il s’attarde à se refaire une vie normale.

Sa résidence privée située dans le village de Kingakati est devenue un parc d’attractions.

Des congolais s’y rendent avec leurs familles et l’ancien Président fait quelques apparitions surprises pour saluer en ses visiteurs. 

Depuis son départ pacifique du pouvoir, Joseph Kabila a réussi à inscrire dans la mémoire collective du congolais une donne qui n’existait pas encore :”la passation pacifique du pouvoir “. 

Cette donne nouvelle lui a gagné admiration et regrets au sein de la population. 

Une certaine opinion dans le pays pense que Joseph Kabila n’a jamais été lui-même durant son règne à la tête du pays et qu’il était l’otage des cercles d’intérêts puissants. Après son départ du pouvoir, ils prennent le temps de le connaître un peu plus, mais tardivement. 

Il est important que ce Joseph Kabila capitalise l’époque en se rapprochant un peu plus de ce peuple.  Il se doit de travailler sur le côté social et sociable de son personnage. 

Lors de la prestation de serment de son successeur en janvier 2019, Joseph Kabila avait été acclamé sur chacune de ses apparitions dans les écrans de télévisions et par la tribune venue assister en grand nombre.

Combien toute ces gains continueront à résonner dans la mémoire collective dépendra de ce que Joseph Kabila pourra en faire. 

Si Joseph Kabila pourra multiplier ses apparitions dans des églises, visiter les communautés en détresse, compatir avec les populations partout où il y a drame, séjourner au milieu de ses citoyens, se rendre au petit marché, donner de conférence aux jeunes dans les universités, enseigner dans les écoles, il pourra redéfinir son personnage en le rendant convivial et abordable.

Un courrier pour Tamtam News de la part de l’Oiseau perché
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