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Conseil de sécurité de l’ONU: Briefings de la Représentante Spéciale du Secrétaire Général sur la situation en RDC

9 min read

Exposé au Conseil de sécurité
MONUSCO RSSG Leila Zerrougui
6 octobre 2020

Monsieur le Président,

Distingués membres du Conseil,

Je suis reconnaissante pour cette occasion de vous tenir au courant de la situation en République démocratique du Congo et des activités de la MONUSCO parallèlement à la publication du dernier rapport du Secrétaire général.

Mon exposé d’aujourd’hui portera sur les tensions politiques persistantes dans le pays; les progrès accomplis dans la transition de la Mission; et les efforts visant à adopter une approche globale de la protection des civils.

Tout d’abord, je tiens à souligner qu’en dépit de la pandémie, la MONUSCO a réussi à maintenir la continuité des opérations et l’exécution de son mandat en introduisant une série de mesures et de procédures qui ont contribué à faire en sorte que la Mission ne soit pas un vecteur de transmission du COVID-19.

Entre autres, la Mission a amélioré sa capacité interne de dépistage et de traitement afin de ne pas imposer une charge supplémentaire au système médical local. Les rotations de troupes ont été temporairement interrompues et le personnel de retour de l’étranger a dû se mettre en quarantaine. Les mouvements ont également été temporairement interrompus entre Kinshasa, où l’épidémie a commencé, et les provinces où sont concentrées les opérations de la Mission.

Bien que le professionnalisme et la patience du personnel civil et en uniforme de la MONUSCO aient été mis à rude épreuve pendant cette période difficile, ils ont continué à mener à bien le travail de la Mission, démontrant ainsi leur adhésion aux valeurs de l’ONU.

Dans ce contexte, je tiens à réitérer ma reconnaissance aux pays contributeurs de troupes et de police de la MONUSCO pour leur flexibilité, en particulier en ce qui concerne l’arrêt temporaire des rotations de troupes, et à tout le personnel de la Mission, civil et en uniforme, pour son professionnalisme et son dévouement sans faille pendant un temps de grande incertitude. J’ai le plaisir d’annoncer que les rotations ont repris et que tout le personnel civil est présent dans leur lieu d’affectation et travaille selon des modalités suffisamment souples.

Monsieur le Président,

Dans mes précédents exposés au Conseil, j’ai souligné la double nature de la situation politique actuelle en République démocratique du Congo. D’une part, je crois qu’en dépit de ses divergences internes, la classe politique accepte et apprécie même les opportunités offertes par la coalition au pouvoir entre Cap pour le Changement et Front commun pour le Congo. D’autre part, il existe des tensions persistantes entre les membres de la coalition qui ont menacé de saper ce qui est devenu un pilier clé sur lequel repose la stabilisation à long terme du pays.

À ce défi, nous devons maintenant en ajouter un autre: le risque que la politique et le positionnement avant les élections de 2023 deviennent la priorité absolue, à l’exclusion des réformes de gouvernance et des mesures de stabilisation dont le pays a besoin. Le processus (de transition) politique actuel reste fragile et pourrait encore s’effondrer. Dans le même temps, il a le potentiel de maintenir et de faire progresser les gains déjà réalisés, si tous les acteurs travaillent sur cet objectif.

C’est autant un processus d’apprentissage pour les membres de la coalition au pouvoir – qui étaient des opposants politiques et doivent maintenant surmonter leurs différences et instaurer la confiance entre eux – que pour l’opposition et la société civile, qui doivent apprendre à naviguer dans une nouvelle paysage politique et travailler pour que le transfert pacifique du pouvoir devienne un événement de routine.

Dans ce contexte, je n’ai ménagé aucun effort dans l’exercice de mes bons offices.

Je continue de rencontrer régulièrement des parties prenantes de toutes les horizons politiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du gouvernement, pour leur rappeler le moment délicat dans lequel se trouve le pays et les exhorter à se concentrer sur la mise en œuvre des réformes nécessaires pour répondre aux besoins urgents de la population et placer le pays sur la voie de la stabilité à long terme et du développement durable. Ce faisant, j’ai cherché à faire comprendre à tous mes interlocuteurs qu’il existe une différence entre une concurrence politique normale et un comportement qui mine la stabilité du pays.

Monsieur le Président,

Le Conseil de sécurité recevra bientôt la Stratégie conjointe sur le retrait progressif de la MONUSCO. Je suis heureux d’annoncer que des discussions fructueuses sont en cours avec le gouvernement aux échelons les plus élevés pour parvenir à une compréhension commune de la voie à suivre. Le président Tshisekedi a souligné son souhait d’une transition progressive et d’une sortie responsable de la MONUSCO. Il a souligné que cela devrait se faire par un transfert progressif des tâches de la MONUSCO au Gouvernement, en coordination avec l’équipe pays des Nations Unies.
Compte tenu de la complexité de l’environnement de conflit en République démocratique du Congo, la Stratégie conjointe est basée sur une série de stratégies spécifiques à la région, adaptées aux besoins particuliers des six provinces, en dehors de Kinshasa, où la Mission est toujours présente.

Il y a un accord avec le Gouvernement stipulant que dans les années à venir, la MONUSCO consolidera progressivement son empreinte dans les trois provinces où persiste un conflit actif – à savoir le Nord et le Sud Kivu et l’Ituri – tout en poursuivant ses travaux de bons offices et de renforcement institutionnel au niveau national. Dans le cadre de ce processus, la Mission devrait être en mesure de se retirer de la région du Kasaï, qui est dans une phase de consolidation post-conflit, assez rapidement. Au Tanganyika, les améliorations récentes de la situation en matière de sécurité devraient permettre à la Mission de réduire son empreinte militaire, malgré la poursuite des activités des groupes armés nationaux dans le nord et des conflits intercommunautaires de faible niveau dans certaines régions.

Monsieur le Président,

J’ai déjà évoqué la situation sécuritaire en République démocratique du Congo, qui est décrite en détail dans le rapport du Secrétaire général. J’ai toujours condamné les graves exactions et violations qui continuent d’être commises contre les civils. La MONUSCO travaille en étroite collaboration avec le Gouvernement et les forces de sécurité congolaises pour apporter des réponses globales dans toutes les zones touchées par la violence des groupes armés.

Au cœur de ses activités actuelles, la Mission reste axée sur l’amélioration de la mise en œuvre de son mandat de protection des civils, notamment en améliorant les performances de ses soldats de la paix et en exploitant les capacités technologiques à sa disposition, telles que les systèmes aériens non armés. La Mission continuera de travailler en étroite collaboration avec l’armée et la police congolaises pour renforcer leur capacité à protéger les civils dans les autres régions du pays touchées par l’insécurité.

Dans le même temps, il est important de comprendre que la protection des civils va bien au-delà de la conduite d’opérations militaires. C’est pourquoi la Mission travaille avec les autorités congolaises et les communautés locales, la société civile, les organisations de femmes et les jeunes dans le cadre d’une approche intégrée combinant soutien à la réconciliation communautaire, renforcement du système judiciaire, professionnalisation des forces de sécurité et suivi et des rapports sur les violations des droits de l’homme. La MONUSCO travaille également main dans la main avec l’équipe pays des Nations Unies, la Banque mondiale, le Fonds pour la consolidation de la paix et d’autres partenaires multilatéraux et bilatéraux, pour élaborer et mettre en œuvre une gamme de programmes conçus pour répondre aux besoins humanitaires immédiats de la population et placer le pays sur la voie du développement durable.

Dans ce contexte, je souhaite exprimer ma profonde préoccupation face aux informations récentes faisant état d’attaques – y compris des meurtres et des enlèvements – contre des acteurs humanitaires qui tentent de porter secours aux populations touchées par le conflit. J’exhorte toutes les parties prenantes à permettre l’accès humanitaire aux populations dans le besoin et je rappelle que la résolution 2417 du Conseil de sécurité condamne le refus illégal d’accès humanitaire aux populations civiles.

Monsieur le Président,

La stabilisation de l’est de la République démocratique du Congo dépendra, dans une large mesure, des progrès accomplis vers le démantèlement des groupes armés et la réintégration durable des ex-combattants dans leurs communautés. Il est essentiel, dans ce contexte, d’éviter de répéter les expériences du passé, où un grand nombre d’ex-combattants ont obtenu l’amnistie et ont été intégrés dans les forces de sécurité congolaises, sapant leur professionnalisme, leur discipline et leur unité de commandement. La perspective d’obtenir un grade dans les forces de sécurité congolaises était une incitation à former un groupe armé, entraînant un cycle meurtrier de «recyclage», dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui.

J’ai constamment insisté sur la nécessité de rompre ce cycle et de mettre en œuvre un programme de réintégration communautaire qui cherche à renforcer la résilience des communautés accueillant des ex-combattants et à subvenir aux besoins légitimes, tout en supprimant l’incitation à former et à rejoindre des groupes armés.
Je pense qu’il s’agit d’une des priorités les plus urgentes auxquelles le pays est confronté aujourd’hui et c’est une des priorités sur lesquelles je continue de collaborer avec les autorités congolaises aux niveaux national et provincial, ainsi qu’avec les donateurs intéressés. Je demande au Conseil d’appuyer de tout son poids les efforts visant à promouvoir cette nouvelle approche communautaire de la réintégration, qui représente une rupture nette avec les politiques ratées du passé.

Monsieur le Président,

La MONUSCO reste déterminée à exploiter les synergies avec les autres présences des Nations Unies dans les Grands Lacs. En particulier, la Mission continue de travailler en étroite collaboration avec le Bureau de l’Envoyé spécial sur une série de questions, notamment la promotion de mesures non militaires pour faire face à la menace posée par les groupes armés, dont j’ai déjà souligné l’importance, et l’élaboration de la stratégie régionale des Nations Unies. La mission s’est également engagée à travailler en étroite collaboration avec l’Union africaine, la CIRGL et la SADC, qui jouent toutes un rôle essentiel dans la promotion de la paix et du développement dans la sous-région.

Pour conclure, comme je l’ai déjà dit, les élections de 2018 et le transfert pacifique du pouvoir qui en a résulté ont constitué un tournant historique qui a permis de commencer à envisager le retrait progressif de la MONUSCO et son retrait de la République démocratique du Congo. De sérieux défis demeurent et il y a manifestement beaucoup de travail à faire pour placer le pays sur la voie de la stabilité et du développement à long terme. J’appelle donc le Conseil de sécurité à continuer d’appuyer la MONUSCO dans ses efforts pour aider le Gouvernement et le peuple congolais à préserver les acquis réalisés pendant la présence de la Mission et à créer les conditions d’une sortie responsable.
Je vous remercie.

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